démarche

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Informe

Un dictionnaire commencerait à partir du moment où il ne donnerait plus le sens mais les besognes des mots. Ainsi informe n’est pas seulement un adjectif ayant tel sens mais un terme servant à déclasser, exigeant généralement que chaque chose ait sa forme. Ce qu’il désigne n’a ses droit dans aucun sens et se fait écraser partout comme une araignée ou un ver de terre. Il faudrait en effet, pour que les hommes académiques soient contents, que l’univers prenne forme. La philosophie entière n’a pas d’autre but: il s’agit de donner une redingote mathématique. Par contre affirmer que l’univers ne ressemble à rien et n’est qu’informe revient à dire que l’univers est quelque chose comme une araignée ou un crachat.

Georges Bataille, L’informe

Penser l’informe Pensée informe

Syncrétique hybride informe

Mon univers esthétique s’inspire de figures et de représentations syncrétiques. Surtout originaires d’Amérique latine. Je suis sensible à la plasticité de ces formes culturelles hybrides, à leur histoire, leur sens, usages et symboliques. Je m’intéresse aux procèdes d’élaboration, à leur mise en scène. Ce sont des expressions plastiques où des relations de l’art, la vie et la mort s’entremêlent.

Étant des figures destinés à la représentation de mythes, de cosmologies et d’imaginaires populaires, elles se retrouvent en une configuration de formes esthétiques imbriquées.

Ainsi des formes abstraites peuvent côtoyer des formes figuratives. Des objets du réel, voir de l’univers domestique peuvent être transfigurés et devenir des points de départ pour l’imaginaire dans de multiples catégories: le fragment, l’organique, le précieux, le précaire, le primitif, le baroque, l’archaïque, le mystérieux, l’étrange ou l’informe, peuvent aussi se retrouver dans une représentation unique qui participe à un jeu de sens.

Je m’intéresse à ces figures leur considérant comme des formes ouvertes, des langages en constante évolution. Par ses hybridations elles sont propices à générer sans cesse de nouvelles formes.

L’exploration dans ces champs de représentation, me permet de soulever des questionnements liés à la figure de l’objet: l’objet comme sujet de la sculpture, l’objet comme présence, comme symbole, comme indice.

Je prends également en compte le rapport que ces mêmes formes entretient avec l’espace. En m’inspirant dans mes installations, je cherche à produire des aller retours entre un champs objectal et un champs sculptural.

D’autre part, la prise en compte des sujets d’ordre esthétique, intégrés à des formes plus instables, incertaines, voir «douteuses», m’amènent à travailler et à réfléchir à l’intérieur de la pensée de Georges Bataille et la figure de l’Informe.

Syncrétique Hybride Informe

 

Mémoire-matière

«Ce que nous habitons, ce que nous habite»

Dans mon travail plastique j’évolue dans une pratique de sculpture, installation, dessin et performance. Dans mon atelier, je m’attarde à faire une «ré-connaissance», voir une exploration anthropologique de la matière. J’observe dans ses aspects physiques: impressions, textures, brillance, transparence, légèreté, fragilité et les ressemblances.

La matière est porteuse d’une mémoire. Elle peut faire appel aux sens, à quelque chose d’intime et personnel. Mais aussi elle peut raconter l’histoire de l’humanité (tissu, plume, terre, bois, cire, pétale, cheveux, fumé, os, trait…)

 

Forme et impression, ou une «morphologie» de l’objet

Je cherche à faire habiter les formes dans la matière, ou bien donner l’impression que celle-ci (la matière) les enveloppe, les couvre. Je mets en relation et en opposition des concepts tels forme et contenu, matière et destinée.

Dans le processus de fabrication, la démarche est instinctive et les formes émergent d’elles mêmes. Je travaille à rendre et à faire cohabiter des impressions de chairs, de morcelé, de l’animal, de l’humain, du végétal, du minéral, du l’objectal… la résultant est hybride, l’objet est informe.